Turin, couronnée de délices

Texte  : Caroline Audibert  – Photos :  Jean-Marc Nobile

Un niçois à Turin opère, rien de moins, qu’un retour aux sources !1860, le comté de Savoie avec la cité piémontaise pour capitale, c’était hier ! Il conçoit dès lors une certaine fierté face à Turin qui a marqué l’histoire et l’urbanisme de Nice. Car derrière sa réputation industrielle,se tient une cité baroque dont l’éclat est omniprésent. Etablie le long duPô, entourée de berges et de collines boisées, Turin toise les Alpes comme elle a toisé l’Europe pendant trois siècles. Le duché de Savoie n’a-t-il pas cultivé le rêve d’un état puissant ?… Une incroyable cénographie urbaine du pouvoir accompagné son éclosion ?

La ville assume son emblème, le taureau, cet animal fort et vigoureux. Le destin de Turin bascule dès 1584, lorsque le duc Charles- Emmanuel Ier quitte Chambéry pour investir ce bourg médiéval et le métamorphoser en siège de la cour. Promue capitale des Etats de Savoie, la ville devient le centre de l’Europe. Les plus grands architectes dessinent coupoles, majestueux palais et places que relient des axes rectilignes, bordés de hautes arcades. La rhétorique baroque exalte un matériau simple, déjà présent sur la porte antique : la brique. Inscrit dans un quadrilatère parfait, le coeur de la ville romaine (l’Augusta Taurinorum des Anciens est désormais le Quadrilatero, l’un des plus charmants quartiers de la ville) se voit prolongé selon le modèle orthogonal du XVII ème siècle. Cette géométrie urbaine et architecturale reflète la rigueur d’un état fort : « Je n’ai jamais trouvé une ville plus pensée, plus achevée que Turin. », constate Jean-Loup Fontana, conservateur du patrimoine des Alpes- Maritimes. « C’est la ville-palais comme il en existe en Chine » S’emballerait-il ? Non, il caractérise celle qui fut capitale du royaume de Piémont- Sardaigne, puis du Royaume d’Italie (jusqu’en 1865), avec ses rêves de grandeur tangibles, son essence décidément baroque. Depuis la basilique de la Superga, perchée sur une colline à 670 mètres de hauteur, apparaît le damier de la cité que la modernité a tenté de brouiller, en vain. Impériale, Turin le restera. Les temps forts de son histoire se lisent à travers l’échiquier du pouvoir. Au centre, la piazza Castello réunit le palais royal et le palais Madame, non loin de la magistrale piazza Vittorio. Et la couronne des délices qui sème une vingtaine de résidences de chasse et d’agrément, dans les campagnes alentours offre l’image de planètes gravitant autour d’une ville-soleil. Plus loin, l’écume des Alpes peint un splendide décor, du Mont- Rose au Mont Viso, rappelant l’enjeu de cette place forte, à mi-chemin entre le lac Léman et la Méditerranée. La plaine du Pô rejoint les terres méridionales de Gênes et de Nice, ancrages décisifs des Etats de Savoie.

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