Laurence Tardieu,  la belle du Mont Boron

Laurence Tardieu,  la belle du Mont Boron

Texte :  Alain Teulié  – Photos :  Jean-Marc Nobile

Laurence Tardieu a un visage incroyable, presque irréel, d’une beauté que l’on prête aux héroïnes de Francis Scott Fitzgerald, fortes et fragiles, fatales et mélancoliques.
Poétiques, en tout cas.

Ses grands-parents maternels, italiens, venaient du Piémont. La pauvreté les avait encouragés à venir s’installer à Nice. L’Italie, ils l’ont quittée le jour de leur mariage. « Ils avaient en poche leur amour et cinquante francs. Ma grand-mère cachait sa tristesse de quitter sa famille, son pays », nous confie-t-elle.

Son amour de Nice
remonte à l’enfance, comme
toutes les amours

« Mon grand-père a travaillé dans une usine de pâtes, puis il a monté sa propre usine de bonbons. Elle existe toujours… Elle est à Contes, dans l’arrière-pays. »

A Contes, oui, vous avez bien lu. Pour un grand-père d’écrivaine, c’était tout écrit…

Cette usine, elle s’en souvient, les grosses machines, le parfum du sucre, les ouvrières et les ouvriers, qui la connaissaient bien, et son grand-père qui l’emmenait déjeuner, lui qui parlait mal le français, mais de toute façon parlait peu, et nouait une grande serviette blanche autour de son cou, pour déguster les pâtes, à l’italienne, avec lenteur et respect.

« Il me faisait des tours de magie avec son chapeau. J’adorais cet homme qui m’impressionnait un peu et me charmait à la fois… J’ai parlé de lui dans mon dernier livre, À la fin le silence. »

Ses grands-parents, devenus aisés, ont fait bâtir une maison au col de Villefranche. « J’ai passé toutes mes vacances d’enfant, d’adolescente, et jusqu’à récemment, dans cette maison-là. Nice était toujours une évidence. Je ne réalisais pas, alors, que c’était une chance… Lorsque cette maison a été vendue, cela a été un arrachement, je perdais une part de moi, de mes racines… Et j’avais l’impression de perdre une seconde fois ma mère, également… »

À la fin le silence devait surtout parler de cette maison. Puis vinrent les attentats de 2015, les tueries du Bataclan et des terrasses parisiennes. Laurence fut si choquée par ces événements tragiques qu’ils modifièrent son livre, comme un visage est sculpté par les émotions.

Aujourd’hui, Laurence a recréé un lieu à Nice, au Mont Boron. Elle aime être ainsi, sur les hauteurs, et malgré tout pouvoir descendre vers la mer, chaque matin, à travers la pinède, en moins de dix minutes, et se retrouver sur les rochers de Coco Beach, pour méditer.

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