Couleur Evasion #31 – La Réserve des Monts d’Azur, sanctuaire du sauvage et vitrine de l’écotourisme

La Réserve des Monts d’Azur

Sanctuaire du sauvage et vitrine de l’écotourisme

Créée en 2005 à une heure seulement de Nice, la Réserve des Monts d’Azur protège, étudie et invite à découvrir des animaux sauvages qui furent à la limite de l’extinction définitive auXXe siècle, notamment le Bison d’Europe et le cheval de Przewalski. À l’initiative du vétérinaire Patrice Longour. cap sur le très ambitieux projet d’une réconciliation avec une Nature sauvage, dont l’Homme a tout à gagner.

Texte Stéphane Robinson – Photos J.M. Nobile

Lorsque nous déboulons ce matin-là sur le plateau du Haut-Thorenc, passé le très joli petit village de Gréolières, la Réserve des Monts d’Azur se présente quasi immédiatement à nos yeux dans toute son étendue. Au fur et à mesure que nous approchons de l’entrée du site, il apparaît évident qu’aucun animal n’est visible sur les grandes prairies aux abords immédiats des bâtiments. Le ton est donné d’entrée : « Hé oui, c’est une réserve ici, pas un zoo ! » nous lance Patrice Longour, créateur de la Réserve, qui nous accueille d’un rapide café avant de nous faire grimper dans son Land Rover. Les chasseurs d’image s’embarquent pour une pacifique traque aux bisons et autres animaux sauvages sur les 700 hectares du domaine. Oui, sa remarque exprime toute une philosophie alors que sur le flyer de la réserve, le logo Réserve des Monts d’Azur est assorti de la baseline « Territoire sauvage des Alpes-Maritimes », que vient redoubler une accroche « La vie sauvage ». Le sauvage, donc. Tel est en effet le cheval de bataille de cet homme de caractère, dont le franc-parler exprime immédiatement la sincérité des convictions. Et plus précisément, la réhabilitation du sauvage : « La raison d’être de la réserve c’est de réconcilier le sauvage et le domestique. Et pour réconcilier il faut comprendre. Comprendre déjà comment ça fonctionne. Parce que ça peut intéresser les gens de comprendre qu’il y a une vraie organisation sociale animale. Par exemple, quand un individu meurt dans un troupeau, cela n’a rien d’anodin. Il y a une période de deuil qui dure au minimum un mois. Comprendre la vie sauvage, c’est déjà comprendre ses process, ne serait-ce déjà que pour faire des sciences sociales croisées. On s’aperçoit que l’animal sauvage a un certain nombre de comportements, et que, finalement, notre comportement spontané n’est pas très éloigné du sien. »

Bisons et chevaux de Przewalski ensemble : une première !

En cette belle matinée de début d’été, les bisons jouent les stars fuyant le paparazzi. Mais nous finissons enfin par repérer un petit groupe sous les arbres. Patrice Longour arrête le véhicule, nous descendons. Les bisons s’approchent. Foin d’exotisme en ce moment privilégié ! Juste un saut dans le temps et non outre-Atlantique : Bison bonasus n’est autre que le bison d’Europe que les forêts méditerranéennes accueillaient encore il y a
douze siècles. Aucun lien avec son cousin américain
Bison bison avec lequel «  il fait lit et continent à part depuis la dernière grande glaciation ». Soit depuis dix à quinze mille ans. Les amateurs de rodéo, de tipis et autres folklores 100% USA en seront donc pour leurs frais, car la promesse d’évasion, ici, se situe ailleurs. Et le projet de Patrice Longour aussi : réunir, protéger et observer des espèces sauvages dans leur milieu naturel. Sauvages et libres ! La Réserve des Monts d’Azur est l’unique endroit en Europe où le bison d’Europe et le cheval de Przewalski vivent à nouveau ensemble. Sur un territoire qu’ils partagent avec les cerfs, chevreuils, chamois, sangliers, renards, loups, lynx… Cette expérience écologique inédite débute en 2003, avec les premiers travaux sur le site. Les bisons viendront de Pologne où dès 1952, l’on avait commencé à relâcher des individus dans la forêt de Bialowieza. En 1996, les Polonais ont lancé un programme européen pour le bison, encadrant drastiquement les échanges de reproducteurs entre zoo en vue de réduire le risque de consanguinité. Il faut préciser que dans les années vingt, il ne restait que 54 bisons au pedigree établi (sans gènes américains). De leur côté, les chevaux de Przewalski proviennent de deux zoos européens et de l’association Takh, dans les Cévennes. Bisons et chevaux de Przewalski, les deux espèces emblématiques de la réserve, y sont ainsi introduits en 2005, année de son ouverture. Aujourd’hui, la Réserve des Monts d’Azur compte une cinquantaine de bisons et une vingtaine de chevaux de Przewalski.

Patrice Longour tient à nous rappeler que cette réintroduction profite pleinement  à la biodiversité locale, nous désignant deux types de forêts se côtoyant sur le site et aux alentours : « Vous voyez ici, ce ne sont pas des forêts ça, ce sont des « systèmes boisés », c’est monotypé : principalement du buis et du pin.  Les pâturages ont plutôt tendance à dégrader les sols. Une vraie forêt, vous avez un système complexe, multi-espèces. Or, plusieurs dizaines de plantes ont besoin de passer par le tube digestif, en particulier du bison, pour pouvoir être germées ailleurs. Nous menons actuellement des études sur ce sujet. Et là, vous voyez les aiguilles de pin ! Regardez chez moi, cherchez-les, les aiguilles de pin : elles sont digérées pas les microbes qui sont contenus dans le tube digestif des bisons. » Effectivement, nous constatons la différence des sous-bois, à commencer par leur couleur au sol. Le vert des bois éclaircis tranche singulièrement avec le marron des forêts de pins : « Dans nos régions, quand une forêt commence à se reconstituer, on voit les îlots de feuillus apparaître. Le système forestier c’est un ensemble de végétations qui sont interdépendantes. » Dans des zones de la réserve de bisons où l’on rencontrait moins de dix espèces végétales, on en dénombre aujourd’hui plus de trente. CQFD.

En une douzaine d’années seulement, si la réserve a réussi à trouver ses marques, ce n’est pas sans la pugnacité de son fondateur : « Aujourd’hui, la réserve, c’est dix à quinze emplois à l’année, 30000 visiteurs annuels, le tout sans l’aide de personne… Vous voyez, nous sommes pourtant une activité touristique : pas d’indication sur les routes, aucun panneau, rien. On se bat tout seul. » Nul doute qu’il aura fallu une solide dose de caractère au vétérinaire natif de Corrèze pour imposer un tel projet sur la Côte d’Azur : «  Je suis venu ici un peu par hasard, et par provocation. Pour moi, faire une réserve en France, il fallait que ça se fasse sur la Côte d’Azur. Pour montrer que même sur la Côte d’Azur c’était faisable ! J’ai arraché ça à un groupe immobilier, qui avait des projets de golf. Sûr que ça aurait été plus facile ailleurs. » Nous remontons dans le Land Rover. Patrice Longour me confie un seau de granules. Il me demande d’agiter bruyamment ces gourmandises à bisons pour que le troupeau nous suive vers la vaste prairie à l’entrée de la réserve : « Il y a un car de gosses qui vient d’arriver. C’est quand même pas très sympa s’ils ne voient pas les bisons ». Car, si la réserve est un laboratoire d’observation scientifique privilégié du comportement animal, d’éthologie, sa vocation est tout autant dans la vulgarisation et le partage au grand public.

Un écotourisme respectueux du sauvage

Là encore, Patrice Longour, et sa femme Aléna, sont animés d’une vision exigeante d’un tourisme responsable digne de ce nom. Un écotourisme qui fait la part belle à la découverte et à l’immersion Nature, sans renoncer au confort minimal, avec un bel éventail d’activités et d’hébergements. Les safaris guidés constituant l’activité centrale des lieux. En la matière, chaque saison offre ses rencontres et ses charmes différents. Safaris à pied ou en calèche l’été. Safaris en raquette ou en traîneau l’hiver. Des affûts photographiques sont également proposés, avec deux cabanes d’observations permettant d’approcher au plus près l’intimité des animaux sauvages. Parfaitement intégrée au domaine, une piscine naturelle offre sa fraîcheur, sans bactéricides ni correcteur de pH. Les enfants sont ici clairement chouchoutés : aires de jeux, mur d’escalade, « coin enfant » au sein du restaurant… Côté hébergement et restauration justement, il y a de quoi satisfaire tous les projets de week-end et de vacances. Le manoir, massive bâtisse de caractère qui se détache du domaine, a été construit en 1550 avant que d’être profondément remanié au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle. Une de ses dépendances, La Petite École propose six chambres pour des « séjours détente ». Toujours sur ce très ancien domaine, la réhabilitation expérimentale d’une villa du XIXe siècle a donné naissance à la Villa Bioclimatique, où tout a été pensé pour que la limitation des impacts environnementaux (ressources et déchets) soit au service du confort optimal de « séjours bien-être ». Enfin, pour les inconditionnels d’une immersion maximale, donc plus spartiate, les écolodges offrent la simplicité de la toile et du bois en « séjour aventure ». Ces écolodges sur pilotis sont tous orientés vers la grande plaine de la réserve où viennent se retrouver les animaux en fin de journée : les terrasses sont autant de postes d’observation privilégiés !

Quant au restaurant, autant prévenir d’avance : ici, on ne plaisante pas avec la gastronomie. Et encore moins avec le vin. C’est en bon vivant et en connaisseur intraitable que Patrice Longour déploie quotidiennement sa carte. Côté cave, près de 2000 références sur trente ans de millésime tout de même ! Oui, on est définitivement loin des bisons à cow-boys par ici… C’est donc autour d’une excellente blanquette de poulet et d’un non moins excellent Beaumes-de-Venise que nous bouclons cette rencontre avec le fondateur de ce lieu improbable, à seulement une heure de Nice.

Nous revenons sur la contribution scientifique de la réserve : « moi, je ne publie rien. Si les scientifiques veulent venir, ils sont les bienvenus. Je mène des études avec le CNRS sur des thématiques précises, ou encore avec des spécialistes de la microbiologie des sols… Mais je ne me considère pas comme un scientifique au sens premier. Plutôt comme un observateur privilégié, disposant d’un laboratoire exceptionnel. Ce que je souhaite pour les années à venir, c’est que la région s’en rende compte et que ce site devienne un laboratoire des sciences de la région. Parce que les espaces naturels, par ici, cherchez les bien. Sur la région PACA, les seuls qui nous battent en superficie ce sont le Mercantour et les PNR. » L’enjeu pour lui relève justement du statut même de l’espace naturel : « politiquement, les choses ne sont pas incluses. Je veux porter le fer le plus haut possible. La principale réforme qui montrera que l’on a enfin compris l’importance de la Nature, c’est le jour où une loi dira que le terrain naturel non artificialisé vaut le même prix que le terrain à bâtir. » Statut du terrain naturel qui est la condition sine qua none de cette réhabilitation du sauvage avec laquelle nous bouclons cette rencontre comme nous l’avons commencée : « On vient d’apprendre qu’on a 100000 ans de plus
(en juin dernier, découverte au Maroc d’un Homo sapiens de 300000 ans, NDLR). Sommes-nous si différents que ça des animaux sauvages ? Quels sont les comportements en commun ? Je pense que si on sait tolérer le sauvage on apprendra à cohabiter beaucoup plus facilement. Quand je pense au maire de Cornus, dans l’Aveyron, qui a pondu un arrêté interdisant aux enfants de se promener seul dans le village, suite à des attaques de loup. En France, c’est le mythe Pasteur et le mythe de la bête du Gévaudan ! On ne sait plus vivre avec le sauvage. Le loup a bien plus peur de nous que nous de lui. Je me suis retrouvé au milieu de lycaons et de lions, c’est autre chose. De toutes façons, regardez comment on se détermine. Est-ce qu’il y a un seul enfant en France qui n’a pas reçu comme premier cadeau un ours en peluche ? Or, c’est quoi l’ours ? Pour le coup, c’est quand même un symbole fort du sauvage. Personnellement, j’ai très peu peur des animaux sauvages, mais l’ours fait partie des espèces que je mets de côté en disant : gaffe ! Or, c’est quand même l’animal mythique : on se construit psychologiquement avec ! »

Autres centres d’intérêts alentours

Gréolières

Sur le versant sud du massif du Cheiron, à 800 m d’altitude, un charmant petit village médiéval surplombant la vallée du Loup. Les ruines du château féodal, les petites ruelles, les maisons typiques de la montagne provençale… Un véritable ravissement de l’œil où qu’il se pose. Point de départ de délicieuses randonnées, on vient s’y offrir un petit saut dans le temps, une pause rassérénante à l’ombre d’une de ses terrasses accueillantes.

Thorenc

Sur le même plateau que la Réserve des Monts d’Azur, Thorenc est plus qu’un petit bijou d’architecture : une curiosité ! Un mélange détonnant d’influences dans lequel le style russe prédomine avec ses somptueuses propriétés à tourelles, murs et balcons de bois. Difficile d’imaginer que cette très calme station climatique, surnommée la « Suisse provençale », fut au début du XXe siècle un lieu très animé où une riche clientèle de russes blancs venait s’adonner aux plaisirs des jeux de casino, des paris hippiques, ainsi que des maisons closes. Incontournable !

Lac de Thorenc

Juste après la Réserve des Monts d’Azur, en direction de Valderoure, ce vieux lac artificiel de seulement un hectare est d’une poésie particulièrement ressourçante. Né d’un barrage sur le cours d’eau de la Lane, c’est un lieu de choix pour les amateurs de pêche à la truite. Dans un agréable écrin de verdure, un site très convivial aménagé avec tables en bois et cabanes, proposant même une activité poneys pour les plus jeunes.

Terre des Lacs

En sortant de la réserve, en direction de Valderoure, l’on rejoint très rapidement Saint Auban. Au pied de ce charmant village du haut-pays grassois, le parc éco-touristique Terre de Lacs propose, été comme hiver, un très large éventail de sports nature : canyoning, équitation, escalade, parcours dans les arbres, via ferrata, pêche à la truite et à la mouche… Le Gîte Tonic dispose de 41 couchages et d’une trentaine de places en tentes. Le restaurant-buvette La Source offre une vue imprenable sur les deux jolis lacs à pêche du parc et sur la vallée.

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