COULEUR SO NICE #30 – Jean-Félix Lalanne, la guitare en partage

JEAN-FELIX LALANNE

LA GUITARE EN PARTAGE

 

C’EST L’HISTOIRE D’UN VIRTUOSE DE LA GUITARE QUI AIMAIT PARTAGER ET TRANSMETTRE.

PAS SEULEMENT DE LA TECHNIQUE. PAS UNIQUEMENT A D’AUTRES SURDOUES. LANCES A PARIS EN 2013, LES ATELIERS GUITARE DE JEAN-FELIX LALANNE DEBARQUENT SUR LA COTE D’AZUR A LA FAVEUR D’UN RETOUR AUX SOURCES. RENCONTRE AVEC UN HOMME DE CŒUR QUI N’EST PAS SEULEMENT UN MAITRE DU PICKING : UN PASSEUR.

Texte Stéphane Robinson – photos j.m. Nobile

 

Si le musicien exceptionnel que je rencontre en cette agréable fin de journée de mars est né à Nice, il n’y avait passé jusqu’à présent que trois années de son enfance, à Cimiez. Car c’est depuis Paris que le guitariste virtuose Jean-Félix Lalanne a organisé et développé sa carrière hors normes. Une carrière prolifique bien difficile à résumer en quelques mots et que l’on peut faire débuter à ses 13 ans, à partir de sa rencontre avec le grand guitariste français Marcel Dadi, tragiquement disparu en 1996 dans le fameux crash du vol TWA800. À 14 ans, il décroche sa licence de concert de guitare classique. À 17 ans, il transcrit les Nocturnes, Valses et Polonaises de Chopin. À 20 ans, il compose sa première symphonie. À seulement 24 ans, il est nommé aux Victoires de la Musique pour la bande originale du film Le Passage. Une trentaine d’albums, des spectacles inédits tel Autour de la Guitare devenu depuis 2000 un des rendez-vous incontournables du genre, des musiques de film… Un surdoué au talent aussi précoce qu’éclectique !

Or, depuis peu, le guitariste élevé au rang de Chevalier des Arts et des Lettres s’est épris d’une niçoise : « Maintenant, je partage ma vie entre Paris et Nice. Je n’ai pas de souvenirs précis de Nice mais à chaque fois que j’y venais pour jouer ou pour des rendez-vous, j’avais quelque chose qui, inconsciemment, me disait que j’allais tôt ou tard avoir une maison ici. J’étais persuadé que j’y reviendrai à un moment donné ! ». Au-delà de la confirmation de l’intuition, ce retour en terre natale est porteur d’une excellente nouvelle pour tous les pratiquants de guitare de la région et au-delà : l’auteur-compositeur-producteur y duplique Les Ateliers Jean-Félix Lalanne qu’il a ouvert en 2013 au Théâtre Bo Saint-Martin à Paris.

DU TRÈS « PRO » OUVERT AUX DÉBUTANTS

C’est à Music 3000, à Saint-Laurent-du-Var, qu’a démarré en septembre 2016 la version azuréenne. L’idée, très audacieuse, de l’artiste est de « constituer une véritable troupe de gens qui veulent travailler la guitare, en partant du principe que l’on peut mélanger les niveaux. On travaille très sérieusement l’instrument, mais on apprend aussi celui-ci dans son mode d’expression, c’est-à-dire qu’on sort de cette idée que l’instrument doit être systématiquement travaillé comme quelque chose d’aliénant. » A bien écouter cet homme dont l’extrême simplicité tranche avec l’immense talent, un mot me vient quant à l’esprit de ces ateliers : Shoshin, ou « l’esprit du débutant ». Prôné par le bouddhisme zen et le Bûdo, une attitude faite d’enthousiasme, de modestie, d’humilité et d’absence de préconception. Et c’est cette fraîcheur qui me semble donner le « la » de ces ateliers. Dès la première promotion, Jean-Félix Lalanne a intégré une pure débutante : « Il faut que les élèves acceptent ça. Je leur dis, si moi en étant déjà d’un niveau supérieur au vôtre, j’accepte de vous consacrer du temps, c’est bien que, de votre côté, vous acceptiez de consacrer du temps à quelqu’un qui est passé par là où vous êtes passés. Cet état d’esprit nourrit ma propre création. Je veux retrouver en permanence ce que j’avais quand j’étais enfant, quand il n’y avait pas d’enjeu à faire de la musique. Quand on est enfant et qu’on joue de la guitare, on « joue » de la guitare : c’est littéralement un jeu ! Quand on devient professionnel, on joue de la guitare, bien sûr, mais il y a des concessions à faire, ça n’est plus le même jeu. J’essaye de garder ce truc que j’avais gamin. »

Autre particularité de ces ateliers de quatre heures, qui ont lieu une fois par mois, un travail global s’apparentant à du coaching : « On peut travailler dix heures par jour son instrument et arriver à un moment donné à ne pas gérer ses émotions, ne pas arriver à faire deux notes ! La gestion du trac et de la décontraction fait vraiment partie du discours d’un musicien. L’important c’est à la fois de prendre confiance, et aussi de prendre confiance sur le fait qu’on peut prendre confiance. » L’idée est donc aussi de dépasser la simple approche technique de l’instrument. Ce, d’autant qu’un concert annuel est prévu en fin d’ann

PAR AMOUR DE LA MUSIQUE

L’artiste aux nombreux disques d’or et de platine s’inscrit ce faisant dans une logique de partage total, dans la technicité comme dans le vécu, et à travers lequel lui aussi reçoit : « On a sur moi un regard admiratif, et j’en suis très flatté. Mais du coup, c’est un regard qui me place forcément dans l’inaccessible. Et moi, j’ai toujours refusé ça. Je ne veux surtout pas, sous prétexte que je suis classé dans les virtuoses, donner des cours à des virtuoses. Le fait à un moment donné d’être confronté à la recherche d’un moyen pour que la personne comprenne, ça me remet en question dans mon approche pédagogique. Et finalement j’en apprends autant que l’élève. Donc, pour moi, l’état d’esprit c’est : on travaille sérieusement sans se prendre au sérieux, on partage avec les autres. Les gens se voient en dehors de mes ateliers, travaillent ensemble, et quand ils reviennent, ils me montrent ce qu’ils ont travaillé. C’est exactement ce que je veux : que la musique soit un dénominateur commun pour partager des tranches de vie avec les gens. C’est la finalité de la musique pour moi. »

Avis aux amateurs, c’est donc le cas de le dire, on peut postuler sans complexe aucun : « par définition, faire de la musique c’est partager de la musique. Donc, ça reste dans un état d’esprit d’amateur, mais au sens premier, au sens le plus noble du terme : de personnes qui ont de l’amour pour l’instrument, et l’amour pour la musique. » Si les inscriptions sont closes pour cette année, il est possible de s’inscrire dès à présent pour la rentrée prochaine. Attention, les places sont limitées à 10 élèves par classe ! Nul doute en effet que ce désir de transmission soit une chance unique pour les guitaristes en herbe, comme pour les plus confirmés : « Je n’ai pas vraiment eu de professeur, je suis un héritier, fils spirituel de Marcel Dadi, qui m’a pris sous son aile quand j’avais 13 ans. Ce fut un conte de fées que je raconte en ce moment dans un spectacle : « Ma guitare à Dadi ». J’ai reçu énormément, j’ai eu énormément de chance. À un moment donné ce que je reçois, j’ai envie de le donner. »

 

~ Les ateliers guitare de Jean-Félix Lalanne : Picking – Classique – Blues – Finger style – Bossa

Improvisation-composition-accompagnement (chanson). Inscription rentrée 2017 auprès de MUSIC3000, Saint-Laurent du Var.

Concert de la promotion 2016/2017 : samedi 17 juin, Théâtre Georges Brassens, Saint-Laurent du Var

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