COULEUR LITTÉRAIRE #30 – la Sélection de Patrick esclapez

Un fils parfait • Mathieu Ménégaux• Grasset

Mathieu Ménégaux, auteur du bouleversant Je me suis tue, revient en force avec son nouveau roman  Un fils parfait. Une histoire redoutable, inspirée de faits réels.

Daphné est amoureuse d’un homme incroyable. Maxime est beau, intelligent, drôle, aimant. Lorsqu’il la demande enfin en mariage, elle est comblée de bonheur. Très vite, ils fondent une famille. Daphné met au monde deux adorables filles, Claire et Lucie. Maxime est non seulement l’époux idéal, mais s’avère également être le père rêvé. Il travaille d’arrache-pied. Mais Daphné tient elle aussi à préserver ce doux cocon. Son nouvel emploi l’oblige à voyager et donc à s’absenter souvent – trop souvent peut-être… Un soir, des mots violents sortent de la bouche de sa fille, Claire. Elle est en pleurs. C’est à cet instant que le cauchemar commence. Cauchemar qu’elle tente de retranscrire à la mère de son mari dans une lettre des plus intimes…

Mathieu Ménégaux possède une parfaite maîtrise de la chute. La mise en scène est impitoyable, rien n’est laissé au hasard. Il dénonce les failles juridiques, l’impuissance à laquelle sont très souvent confrontées les victimes, totalement démunies face à un agresseur féroce et manipulateur. L’auteur dresse un profil psychologique authentique et effrayant, parvenant à instaurer de façon insidieuse le doute dans l’esprit du lecteur. Cette femme affabule-t-elle ? Est-elle vraiment folle ?

Le piège qui se referme sur Daphné est diabolique. Le lecteur est sidéré, bluffé. L’écriture brute et émotive de Mathieu Ménégaux fait l’effet d’un uppercut. Un coup de poing au plexus. Le lecteur est happé par l’enchaînement des événements, atterré par le retournement de situation. Un fils parfait est malheureusement le reflet du combat que mènent beaucoup de femmes, seules, contre la justice et les apparences lisses et conventionnelles. Un fils parfait est un appel de détresse magistralement orchestré, qui saura redonner un tant soit peu d’espoir, de répit, à qui aurait vécu, de près ou de loin, un tel drame.

 

Björn – six histoires d’ours  • Delphine Perret • Les Fourmis Rouges

Delphine Perret signe un petit bijou de douceur avec son dernier album, Björn – six histoires d’ours (Pépite des Petits 2016).

Le lecteur plonge dans le quotidien de Björn l’ours à travers six histoires toutes plus rigolotes et poétiques les unes que les autres.

Björn aime prendre le temps de faire les choses, d’observer ce qui l’entoure. Finalement, il ne se passe pas grand-chose dans sa vie. Mais Björn est heureux malgré tout. Il a tout un tas d’amis auprès de lui, et un rien l’occupe !

L’univers de Delphine Perret – ses mots tendres, son trait naïf – apaise autant qu’il enchante. L’auteure nous incite à la contemplation du monde, de ses détails les plus infimes.

Björn – six histoires d’ours est non seulement la passerelle parfaite entre l’album et le roman première lecture – un texte court et un vocabulaire simple – mais également une façon d’expliquer aux enfants le besoin de se détendre, d’apprécier les moments douillets, les activités simples telle que la lecture. Prendre le temps de se ressourcer pour affronter des journées d’école bien remplies défilant à toute allure. Un coup de cœur !

 

Au lit Miyuki • Roxane Marie Galliez et Seng Soun Ratanavanh• De La Martinière Jeunesse

Au lit Miyuki, le nouvel album de Roxane Marie Galliez et Seng Soun Ratanavanh, est aussi éblouissant que le premier, Attends Miyuki.

A pas feutrés, la nuit fait son entrée. Tout le monde s’apprête à aller se coucher. Mais la petite Miyuki n’a pas sommeil ! Il lui reste encore plein de tâches à accomplir. Son grand-père la laisse donc arroser le potager, rassembler la famille escargots… Et sans même s’en rendre compte, Miyuki commence à bâiller…

Sous une plume nacrée, Roxane Marie Galliez retranscrit toute la vitalité de l’enfant – ce corps bouillonnant d’imagination, capable d’élaborer mille jeux -, ainsi que son inquiétude à l’idée de se coucher – cette peur de la solitude, du noir, du silence. Les illustrations de Seng Soun Ratanavanh restituent toute la poésie de l’auteure. Son univers oriental, s’inspirant des estampes japonaises, est d’une féerie absolue.

Au lit Miyuki est l’histoire du soir idéale pour dédramatiser le rituel du coucher. Tout en finesse, le duo parvient à rassurer l’enfant : le pays des songes apparaît comme un endroit paisible, empli de magie, qui permet d’apprivoiser ses rêves et de régénérer ses forces pour le lendemain.

 

Tant que mon cœur • Madeline Roth • Thierry Magnier

Tant que mon cœur, de Madeline Roth, regroupe deux récits fiévreux. Un ouvrage des plus intimes dévoilant les maux d’un amour violent et d’un traumatisme indélébile.

Esra est une lycéenne solitaire et romantique. Elle s’éprend d’un inconnu rencontré dans un bar, un scénariste de 15 ans son aîné. Antoine possède un côté bien sombre, et elle ne voit malheureusement pas l’étau se resserrer autour d’elle…

Cyril apprend un soir les obsèques de Laura, connue dix ans plus tôt. Il ne comprend pas pourquoi cette fille continue de le hanter. Est-ce de sa faute, tout ça ? Laura l’aimait passionnément. Hélas, cet amour n’était pas réciproque. Cyril a pris peur, et a préféré fuir Laura. Et elle, fuir la vie. Mais que désirait-elle oublier à ce point ?

Madeline Roth dissèque au plus juste l’affliction provoquée par un amour en dents de scie. L’écriture est hypersensible ; l’auteure puise ses mots dans l’émotionnel même. Le lecteur n’est donc plus un témoin, il vit ces histoires, ressent au plus profond de son être toute la musicale fébrilité de ses paroles, et en tremble tout du long…

Ces deux tragiques histoires d’amour reflètent l’ardeur de l’adolescence, période où l’on vit les choses comme si tout pouvait cesser du jour au lendemain. Tout particulièrement l’amour. L’auteure détient une fragilité envoûtante, qui berce et étreint le cœur à la fois. À travers sa plume viscérale, une plaie devient poésie. Deux textes qui pourront aider, soutenir, et qui sait, peut-être sauver.

 

Collaboration Horizontale• Navie et Carole Maurel • Sarbacane

 Collaboration Horizontale retrace l’histoire d’une passion amoureuse née en plein cœur de la Seconde Guerre Mondiale.

Jeune infirmière, Rose réside à Paris, Passage de la Bonne Graine. Son mari envoyé au Front, elle élève seule son fils, Lucien. Mais sa solitude n’est pas un fardeau tant son immeuble grouille de vie. Rose prodigue des soins à toute une communauté de femmes et protège ses amis juifs de la police Allemande. Un soldat SS frappe un jour à leur porte. Mark et Rose tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Malgré les voisins, les interdits, ils décident de se voir en cachette, de vivre leur amour, coûte que coûte…

A travers une fresque sociale riche et variée, Navie retranscrit le quotidien des Français sous le régime de l’Occupation. La scénariste explore avec délicatesse l’intime de chacun des protagonistes, démêlant mensonges et faux-semblants. Elle mêle des thématiques fortes telles que l’amour et l’amitié, le féminisme et le patriarcat, l’entraide et l’indifférence, tout en restant fidèle à la période historique. Le trait tendre et sensuel de Carole Maurel sait rendre toute la poésie et la passion du récit. L’illustratrice créée une atmosphère émouvante dans un décor sublime aux tons sépia, un délice pour les yeux.

Un roman graphique d’une beauté stupéfiante, à la fois bouleversant et révoltant, que l’on referme le cœur lourd.

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