COULEUR AUTHENTIQUE #30 – L’Atelier du Croco, l’art et la matière

L’ATELIER DU CROCO

L’ART ET LA MATIERE

L’ATELIER DU CROCO EST PASSE MAITRE DANS L’ART DE FAÇONNER LES PLUS BELLES PEAUSSERIES POUR CREER UNE MAROQUINERIE D’EXCEPTION. DANS LA BOUTIQUE CONCEPT-STORE DU COURS SALEYA, COLLECTIONS, ACCESSOIRES ET PIECES UNIQUES RIVALISENT DE SEDUCTION AVEC COMME TRAIT D’UNION : L’ART ET LA MATIERE.

Texte Valérie Penven – Photos Loic Thébaud – JM Nobile

 

Les peaux exotiques et d’exception sont la marque de fabrique de l’Atelier du Croco. Cet artisanat d’art, la famille Vignes le perpétue depuis les années 80 quand Bertrand et Anne se rencontrent à Paris. Très vite ils se lancent dans la création d’accessoires, notamment les bracelets de montres sur-mesure en peau exotique. Le succès est immédiat. Le couple collabore avec de grandes maisons et exporte dans le monde entier. Dans les années 90, ils s’installent dans le sud de la France, au Cannet puis à Nice rue Emmanuel Philibert où ils vont rester quelques années avant de vivre une parenthèse à Madagascar…

Depuis juillet 2014, les artisans ont déposé leur savoir-faire nomade place Charles Félix dans le Vieux-Nice. Ils y ont retrouvé une liberté perdue un temps dans une association inopportune avec un financier. « Nous avions un très bel atelier rue Bavastro dans lequel nous sommes restés 4 ans pour développer la marque Vignes. Cela a été une période compliquée mais heureusement nous avons eu la chance de nous réinstaller dans ce local et cela a fonctionné tout de suite. Il y a toujours un mal pour un bien car c’est ici qu’il fallait être. » Raconte Anne aujourd’hui épanouie dans sa jolie boutique à l’accent colonial. Bien que les Vignes soient toujours en procès pour récupérer leur patronyme, cette mésaventure n’a diminué en rien leur créativité, bien au contraire puisqu’elle leur a permis de repenser le positionnement de leur griffe avec des créations un peu plus abordables et des collections toujours plus tendances.

L’opportunité d’un atelier à deux pas de la boutique est venue confirmer leur choix d’emplacement. L’Atelier du Croco y développe ses collections originales et ses pièces uniques sur commande, réalisant aussi des gainages de meubles, boîtes et objets divers, parfois inattendus comme cette trottinette habillée de python. Leur fille Emma a rejoint l’aventure familiale. Après une formation chez les Compagnons de France, elle a parfait son apprentissage auprès de ses parents pour devenir à son tour une excellente artisane. « Emma a les goûts de son âge, ses créations captent une clientèle plus jeune. Elle a imaginé entre autres, le Sac Ado qui revisite le sac à dos dont c’est le grand retour. Ce modèle jeune et urbain, très adapté à la demande actuelle, fait partie de nos best sellers. »

L’ESPRIT BOHEME CHIC

Décorée dans l’esprit du voyage, la boutique est riche en tentations… Le Nobag inspiré des sacs shopping allonge la silhouette ; le sac musette à porter dans le dos permet d’explorer en toute fluidité les aventures de la vie quotidienne ; le sac Isa, inspiré du sac cabine pour ces moments où l’on n’emporte avec soi que le strict minimum ; le sac Lili, une petite bourse sexy et rock’n’roll avec sa chaîne en laiton argenté ; la besace Laura, chicissime en python ou plus casual en taurillon perforé s’adapte au style de chacune ; glamour, les pochettes Betty Jungle sont disponibles en trois tailles et en différents cuirs, côté pile ou face, selon l’humeur ; le cabas Ben, incontournable compagnon de la femme active se prête à toutes les combinaisons : « Une cliente l’a commandé en veau Barenia avec des lanières en croco, le résultat est splendide. » rajoute Anne en caressant la peau au sensuel toucher velours. Les collections sont déclinées en plusieurs tailles, avec l’option de personnaliser son choix dans le cuir et la couleur voulus, démultipliant ainsi les possibilités à l’infini, ou presque… Suspendus contre un mur, les tabliers de cuir sont très appréciés par les artisans coiffeurs, cuisiniers, restaurateurs ou bouchers, pour leur résistance et leur facilité d’entretien. Enfin les Doudous de sac, réalisés en agneau et en cuir exotique sont autant de pièces uniques pour personnaliser de manière ludique son sac à main.

Si certains modèles sont mixtes, l’homme peut aussi trouver son bonheur parmi un choix 100 % masculin : cartable 24h en cuir souple, porte-documents, besaces mais aussi porte-cartes, portefeuille, couverture d’agenda, étui d’iPhone, d’iPad, ceintures et bien sûr les bracelets montres, un best of pour les collectionneurs et amateurs du bijou masculin par excellence. « Nos bracelets ont un immense succès » commente Anne qui porte à son poignet une montre de marque rehaussée par un bracelet en croco de couleur verte. « Même sur les montres de moindre valeur, le bracelet personnalisé donne un formidable coup de peps. On peut rehausser sa Swatch par le choix du cuir, par la couleur de la peau, par la teinte du fil mais aussi par les finitions » précise Anne qui, en véritable artiste, conseille la clientèle sur le meilleur choix pour rendre son garde-temps inimitable.

COLLABORATIONS ARTISTIQUES

L’Atelier du Croco est un concept-store unique où règne le fait main. Au-delà de la sélection pointue de créateurs pour lesquels Anne et Bertrand ont eu un véritable coup de cœur, les artisans développent des collaborations hybrides avec des créateurs et des artistes. La Parisienne Sophie Digard a créé une matière naturelle à partir de lin enduit et crocheté à la main. « On reçoit le tissage que l’on transforme ensuite en sac ou accessoire. » Armelle Trouxe a créé la plaquette originale de l’Atelier du Croco. Cette artiste niçoise à l’univers illustratif, graphique et poétique, a séduit Anne et Bertrand : « On lui a demandé d’intervenir sur nos sacs, le cuir perforé se prêtait très bien à la broderie. Elle a customisé nos Nobag qui sont devenus des pièces uniques d’artiste » s’enthousiasme Anne.

LE ROYAUME DU FAIT MAIN

Si Anne règne sur le concept-store, l’atelier, vaste et clair, est le royaume de Bertrand et Emma. Dans ce bel espace de fabrication s’élabore la griffe familiale. C’est en feuilletant le magazine Vogue que Bertrand Vignes a eu la révélation de sa vocation. Il cherchait un métier manuel et en lisant l’article sur le directeur de John Lobb, le jeune homme de 14 ans a été impressionné. « L’homme possédait une vraie stature, un peu à la De Gaulle. Je me suis dit que je travaillerai avec lui. » Quelque temps plus tard, il quitte ses Vosges natales pour Paris et se décide à pousser la porte de l’atelier John Lobb. Un mois plus tard, il est engagé comme ouvrier bottier : « J’ai toujours fonctionné de cette manière dans la vie et j’ai appris le métier par passion… ». Chez le grand chausseur, il va apprendre la rigueur et la technicité qui lui seront nécessaires pour évoluer. « Il faut de la vie, la technique seule n’est pas suffisante, il faut aller au-delà et laisser parler l’émotion » précise-t-il.

L’AMOUR DES BELLES PEAUSSERIES

Une table à coupe en zinc occupe l’entrée, y succède la table d’assemblage et une enfilade de machines, chacune destinée à une tache particulière. Les peaux sont soigneusement étendues à cheval sur un portant. Alligator, crocodile, python, iguane, varan, galuchat (une peau de raie venant d’Asie), autruche, Kudu, mais aussi chèvre de Madras, veau Barenia et taurillon d’Espelette. Avec un plaisir non dissimulé et un flair infaillible, Bertrand Vignes sélectionne les peaux d’exception. Le parfum envoûtant, le toucher de la matière développent son imagination quand il visualise la patine future. « Certaines peaux de crocodiles, dont l’écaille est bien gonflée, parlent déjà du modèle à venir. » dit-il. Bertrand Vignes n’achète donc que des peaux hors du commun dans les tanneries françaises, pour la plupart familiales, qu’il visite. « Le tannage est un savoir-faire particulier qui se transmet de génération en génération. En France les grands maroquiniers ont permis que cet artisanat se pérennise. Chaque tannerie est spécialisée dans une peau exotique particulière mais toutes les peaux sont issues d’élevage. Le tannage est naturel et les peaux sont teintées dans la masse. Rides et cicatrices sont aujourd’hui très appréciées.»

SUR-MESURE

On vient à l’Atelier du Croco pour la qualité exceptionnelle des peaux, pour l’originalité du style mais aussi pour le conseil d’expert. « Pour le client c’est une aventure de commander sur-mesure, il y a toujours une légère angoisse car de nombreux paramètres interviennent : le choix de la peau, la couleur, le fil, les finitions, le style. » Bertrand Vignes est là pour guider et élargir les possibilités. Du choix de la peau au produit fini, la confection d’un sac à main prend environ une semaine. Réalisation du gabarit, coupe de la peau, selon la complexité du modèle il est parfois nécessaire de créer un prototype dans une matière moins onéreuse. Le travail de préparation est la partie la plus longue. Une fois les différentes pièces découpées, il faut désépaissir la peau avec la refendeuse, parer les bordures pour obtenir une matière plus fine qui facilitera l’assemblage. On réalise d’abord toutes les petites pièces autour des panneaux centraux, les anses, les boucles, les zips, ainsi que les renforts qui viendront protéger les parties les plus exposées ou les plus fragiles. L’ultime étape de l’assemblage est certainement la plus rapide mais aussi la plus gratifiante.

COMMANDES SPÉCIALES

Le gainage, qui consiste à recouvrir un meuble ou un objet d’une peau précieuse, est l’une des grandes expertises de l’Atelier du Croco. Commodes Louis XV gainées de croco pour un grand décorateur parisien, consoles gigognes en alligator pour l’acteur José Garcia, armoire de salle de bain gainée d’autruche blanche pour un riche client russe, commode Louis XV gainée d’alligator rouge cerise en harmonie avec la tapisserie toile de Jouy pour la sœur du Roi du Maroc… Les décorateurs et architectes d’intérieur collaborent avec l’Atelier du Croco dont le savoir faire est reconnu par delà les frontières. Gainer un meuble d’époque s’avère une entreprise sous haute tension : « Il n’y a pas de droit à l’erreur quand on colle une peau, on ne peut plus la redécoller » commente l’artisan qui avoue retenir sa respiration quand il arrive à cette phase délicate. « Quand les gardes du corps de la sœur du Roi du Maroc sont venus chercher la commode, ils l’ont regardée sous toutes ses coutures ». Le travail de gainage est long et cher. Pour une commande de cette nature il faut compter environ 30 000 euros. Le client a le droit de se montrer exigeant ! Mais la plus grande satisfaction de l’artisan est de savoir que celui-ci possède un objet unique qui dure et se patine avec le temps. « On laisse quelque chose derrière nous, un peu comme un artiste » conclut-il, tandis que sa fille Emma lisse la tranche d’un porte-carte en patte d’autruche. La transmission du savoir-faire est assurée. L’aventure de l’Atelier du Croco s’écrit sur une nouvelle page, la plume trempée dans l’encre de la passion.

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