COULEUR#PASSION – Hôtel Windsor, art à vivre et à rêver

HOTEL WINDSOR, ART A VIVRE ET A REVER

 

AU CŒUR DE NICE, UNE TRENTAINE DE CHAMBRES FORME UNE COLLECTION D’ART CONTEMPORAIN TRES PARTICULIERE. LES CLIENTS DE L’HOTEL WINDSOR PEUVENT DORMIR DANS DES ŒUVRES

A VIVRE ET A REVER. ODILE REDOLFI-PAYEN EST L’HERITIERE D’UNE DEMARCHE HORS DU COMMUN INITIEE PAR SON ONCLE, BERNARD REDOLFI.

 

texte Anh-Gaëlle Richard – photos j.m. nobile

 

La chambre 59 est traversée d’un lumineux « rayon de sommeil » proposé par Morellet. Mathieu Mercier, lui, a reproduit dans la chambre 58, l’atmosphère du tableau des époux Arnolfini de Van Eyck, en jouant sur le motif de la moquette, le choix des tissus et du mobilier. Quant à Honegger, chambre 78, il a marqué la place du soleil et de la mer sur le lit, à même le tissu de la couette. Et ainsi de suite, les chambres-œuvres de Ben, Glen Baxter, Claude Viallat, Robert Barry, Henri Olivier… soit 31 créations d’artistes de stature souvent internationale, qui se dévoilent à chaque ouverture de porte de l’hôtel Windsor… La trente-deuxième pièce de la collection Redolfi est en préparation mais nous ne saurons rien du nom de l’artiste, ni de l’esprit des lieux.

 

A L’ORIGINE, LES CHAMBRES D’AMIS DE JAN HOET

 

L’hôtel Windsor, rue Dalpozzo à Nice, appartient à la famille Redolfi depuis 3 générations. Quand Vincent et Marguerite Redolfi-Strizzot l’achètent en 1942, c’est un hôtel traditionnel prisé par la clientèle anglaise. Leur fils Bernard entame la mue de l’établissement vers un lieu d’art et de voyage. D’abord, en 1977, en faisant réaliser des fresques murales dans une trentaine de chambres, puis vingt ans plus tard en initiant la réalisation des chambres d’artistes. Bernard Redolfi revenait alors d’une exposition qui a fait date dans l’histoire de l’art contemporain : Chambres d’amis de Jan Hoet en 1986 à Gand, avec la ferme intention de reproduire la démarche. C’est ainsi que, quasiment chaque année depuis 1989, une nouvelle chambre devient œuvre. La première a été réalisée par Joël Ducorroy, la dernière en date, la trente-et-unième, fut celle de Cécile Bart. Notez que l’hôtel compte 57 chambres. Il en reste donc 25  à investir, ce qui représente encore plus d’œuvres potentielles puisque certaines, comme celle de Ben, en sont déjà à leur troisième version…

Entre temps, en 2004, Odile Redolfi-Payen a pris le relais de son oncle. « Au départ, je ne connaissais pas grand-chose à l’art contemporain », se rappelle-t-elle en précisant cependant que « depuis, c’est devenu ma chasse gardée ». Elle a accompagné la création d’une dizaine de chambres ainsi que la réalisation de La Luna de Mauro Benetti et du graffiti réalisé par Jon One, près de la piscine ; d’Aviara Camera, la chambre des oiseaux de Cynthia Lemesle et Jean-Philippe Roubaud, située dans le jardin ; de l’installation de Nicolas Rubinstein dans le bar et du parcours d’aphorismes en braille Point de vue de Marcel Bataillard, qui se découvre au gré des déambulations dans l’hôtel.

La constitution d’une collection telle que ces chambres d’artistes impose la cohérence. Odile en est consciente tout en assumant des choix plus personnels. Ainsi, de plus en plus, dans un souci d’accessibilité de l’art au plus grand nombre, elle demande aux artistes de concevoir leurs œuvres avec plusieurs niveaux de lecture, un pour les néophytes et un second pour les amateurs éclairés. Autre envie : inclure plus d’œuvres de femmes dans la collection qui en compte seulement quatre, « non par féminisme mais simplement par équité ».

 

UN HOTEL, PAS UN MUSEE

 

« Le Windsor ne se gère pas comme n’importe quel hôtel de chaîne. Nous dépensons la même énergie que ce type d’établissement pour satisfaire les besoins de la clientèle mais nous consacrons de l’énergie supplémentaire à faire vivre la collection et à promouvoir l’art contemporain ». Tout ceci en maintenant un équilibre spécifique entre les deux objectifs.

Ainsi, la première chose à savoir est que l’impératif hôtelier doit primer sur la volonté de montrer des œuvres d’art. « Nous savons que nos clients ne sont ouverts aux œuvres que si leurs besoins hôteliers sont satisfaits ». Ainsi, l’hôtel Windsor est avant tout un hôtel quatre étoiles idéalement situé à deux pas de la Prom’, répondant aux exigences du label Qualité Tourisme. Un restaurant « Maître Restaurateur » privilégiant les légumes bio, un spa et une piscine chauffée dans un jardin luxuriant en sont les principaux atouts. Ainsi, cette « souveraineté hôtelière » soumet en quelque sorte les artistes à quelques contraintes pratiques : par exemple, les œuvres chambre ou les chambres œuvre, doivent pouvoir être entretenues, nettoyées et mises aux normes sans être dénaturées. A l’inverse, pour moderniser les salles de bain, Odile a eu à cœur de demander leur avis aux artistes : « Certains s’en fichaient totalement, et j’ai alors décidé seule de la cohérence de la salle de bain avec le reste de la chambre, tandis que d’autres ont transmis des consignes très strictes que j’ai eu le souci d’appliquer. »

Autre impératif défini par l’activité hôtelière : les clients doivent s’y sentir à l’aise et ne pas se sentir oppressés par certains univers trop radicaux. « Cela m’est arrivé de refuser des projets trop forts. »

Les clients, quant à eux, s’approprient les œuvres à leur manière. Certains ne sont là « que » pour occuper une chambre jolie et confortable, quand les amateurs d’art se divisent en deux catégories : ceux qui réservent toujours la même chambre et ceux qui multiplient les séjours pour vivre à chaque fois – dans – une œuvre différente.

 

PROMOUVOIR L’ART CONTEMPORAIN

 

Si Odile Redolfi-Payen avoue avoir été propulsée en 2004 dans un univers qu’elle ne connaissait pas, aujourd’hui elle ne ménage aucun effort pour aider les jeunes artistes à montrer leur travail à un plus large public que celui des musées d’art contemporain. Ainsi, elle organise des expositions dans le hall de l’hôtel, a créé le festival d’art vidéo Ovni, participe au Festival des jardins en avril et à Movimenta en novembre. Elle est également membre actif du réseau Botoxs, réseau d’art contemporain Alpes et Riviera, et contribue à la connaissance des artistes en initiant, avec sa belle-fille, Pauline Payen, une série d’interviews des artistes qui ont créé les chambres. Les vidéos sont en ligne sur le site de l’hôtel et elles sont formidables. Ainsi, Odile espère « inscrire le Windsor dans le patrimoine de la ville et maintenir le lieu dans une démarche toujours innovante, à la pointe de l’art contemporain ».

 

Pour en savoir plus : www.ovni-festival.fr et www.hotelwindsornice.com

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