COULEUR #RENCONTRE – Une journée avec Mado

Texte Valérie Penven – Photos Jean-Marc Nobile

 

Son spectacle Super Mado tourne en France quasiment à guichet fermé, on l’entend à la radio dans sa chronique quotidienne sur France Bleu Azur et on l’aa découverte dernièrement sur grand écran dans Brice de Nice 3 où elle donne la réplique à Jean Dujardin… Les voiles gonflées par le vent du succès, c’est à Nice, son port d’attache, où elle puise toujours inspiration et humour, que Noëlle Perna nous emmène pour une journée riche en émotions, rires et confidences.

Noëlle Perna nous entraîne dans les dédales du Vieux-Nice. Son village dans la ville. Chaleureux, populaire et bigarré comme une carte postale d’époque. La traversée de la vieille ville relève du challenge. À chaque coin de ruelle nous sommes hélés par les anciens clients du Bar des Oiseaux qui lui rappellent les souvenirs du bon vieux temps, interpellés par des fans à qui elle dédicace des autographes, se prêtant avec grâce aux séances photos. Aujourd’hui très populaire, Noëlle Perna n’a rien perdu de sa simplicité ni de son bagou. Un temps sociétaire des Grosses Têtes sur RTL, l’humoriste ne l’a pourtant pas prise… « Les gens m’aiment car mon personnage dégage de l’empathie », confie-t-elle. Ce capital sympathie est une valeur sûre pour la comédienne qui sait fort bien mener sa barque sur la mer mouvementée du « Chauve Bizz ».

 

Un p’tit coin de parapluie contre un coin de paradis

 

Noëlle Perna tient à nous faire découvrir l’une des plus anciennes boutiques de la rue de la Préfecture. La façade de la Maison Bestagno n’a en effet pas changé depuis sa fondation en 1850 quand Nice était encore sous le royaume Sarde. Transmise d’oncles à neveux depuis l’origine, le commerce a perpétué la tradition des ombrelles, cannes et parapluies. On y trouve encore la Camarguaise, une ombrelle des années 1900 spécialement adaptée aux promenades en calèche, mais aussi l’ombrelle de ville, plus petite. L’atelier au premier étage a disparu mais Gino Bestagno réalise toujours des modèles sur mesure quand il a des demandes particulières. Depuis une dizaine d’années, l’accessoire suranné a redoré son blason grâce au soleil. « Nos ombrelles sont traitées anti-UV ce qui est important si on veut se protéger des rayons solaires devenus nocifs pour nos peaux » explique-t-il. Les asiatiques doivent se ruer sur ces délicats pare-soleil ? lui dis-je. « Ils n’y connaissent rien et se satisfont de parapluies qui ont du téflon, un matériau qui hélas, active les UV… » s’exclame notre expert.

Aujourd’hui la Maison Bestagno est l’un des trois derniers magasins en France spécialisé en parapluies et en cannes. Tandis que Noëlle ouvre les ombrelles et s’extasie sur de ravissants modèles de parapluie –une exclusivité de la maison -, Gino dévoile sa collection de cannes anciennes. Une pièce extraordinaire, au pommeau ouvragé, contient une lame fabriquée à Tolède. « Cette canne date de 1860 » dit-il en précisant que la vente de canne de collection est une autre facette de son métier. Il évoque avec l’émotion du collectionneur une canne violon qu’il a eu l’occasion de vendre, « c’est la pièce maîtresse d’une collection ! », déclare-t-il avec fierté.

 

Le temps des oiseaux

 

Habitué du Bar des Oiseaux, Gino Bestagno a bien connu les parents de Noëlle : « On y trouvait du réconfort et un esprit très familial », dit-il avec un brin de nostalgie. « Ma mère apprivoisait les oiseaux qui venaient picorer sur le bar, c’est pour ça qu’on l’a appelé le Bar des Oiseaux. L’ambiance était très conviviale, moi je faisais parfois psychologue, on prêtait aussi de l’argent, ma mère hébergeait aussi de temps en temps… C’était la MJC du Vieux- Nice ! Le lieu avait cette âme particulière que ma mère lui avait donnée. Quand j’ai fait le sketch de la fenêtre, c’est cette ambiance là que je voulais restituer » évoque Noëlle. Née en Algérie, elle est arrivée à Nice avec sa famille à l’âge de 7 ans. « Nice, c’est ma terre d’accueil. Quand vous avez été déraciné, vous êtes deux fois plus reconnaissant envers l’endroit qui vous a accueilli. Mes parents ont pris le bar qui s’appelait à l’époque la Cave Marc. C’était une cave à vins où il y avait des tonneaux sur un sol en terre battue. Les gens du marché venaient y manger un bout. Il s’est appelé ensuite Chez Tony Micca du nom de mes parents, puis L’hermitage. Ce sont les gens qui l’ont rebaptisé Bar des Oiseaux. » Au décès de son père, Noëlle qui n’a que 21 ans, prend la relève du bar. C’est derrière le comptoir qu’elle fait ses classes et exerce son talent de show woman, allant jusqu’à ouvrir un petit café-théâtre attenant. Mais en 2003, l’appel de la scène finit par l’emporter et la comédienne vend l’établissement pour se concentrer sur son travail d’artiste. Depuis le lieu est rentré au patrimoine de la région Paca : « Une sortie en « apothétose » comme dirait les américains, et une reconnaissance pour le travail de mes parents » se réjouit-elle.

 

Dans l’atelier de Renato Soardi

 

Le Vieux-Nice, le Bar des Oiseaux et Mado la Niçoise semblent scellés dans la glaise qui a façonnée son personnage comme une seconde peau. Son ami Renato Soardi a assisté aux débuts exubérants de la comédienne et à la création de l’inénarrable Mado. Originaire d’Italie, Renato Soardi est venu sur Nice dans les années 70 pour installer son atelier d’encadrement rue Colonna d’Istria, juste à côté du Bar. « Elle faisait le pitre derrière le comptoir », se souvient Renato, « et c’est comme ça que tout a commencé ». Ami et soutien de la première heure, l’artisan d’art a eu la chance de côtoyer et de travailler pour les artistes de l’École de Nice. Son atelier est occasionnellement un lieu d’exposition et de promotion pour les artistes avec lesquels il entretient une relation amicale et affective forte. « Accrochage ponctuel en toute intimité » précise le maître artisan. Au mur, une œuvre accroche notre regard. « C’est l’Arbre de vie, une peinture de Maurice Maubert, un jeune artiste issu de l’école populaire de Saint-Roch » précise-t-il. Renato Soardi vient de réaliser un hommage à Christo. « Son hommage à Coluche, il m’en a fait cadeau car il trouve que je me situe dans une filiation coluchienne », rajoute Noëlle qui ne perd pas une miette de nos échanges.

 

De Noëlle Perna à Mado la Niçoise

 

Dans ce lieu intimiste de la culture niçoise, les langues se délient et les souvenirs s’égrènent. « Ma première fan fut mon amie d’enfance et camarade de classe Lyne, elle prenait des heures de colle à cause des fous rire que mes pitreries déclenchaient. Mais mon premier public c’était mes clients. J’étais très exubérante dans la vie. Quand j’ai commencé la scène, j’ai pu y exprimer ma personnalité extravertie et je suis devenue plus mesurée dans la vie » raconte l’humoriste dont le talent inné se nourrit de l’observation de la réalité quotidienne. Le personnage haut en couleurs de Mado la Niçoise a d’ailleurs réellement existé : « Elle était vendeuse à Monoprix et venait dans mon bar. C’était un personnage typiquement niçois, les cheveux blonds peroxydés, maquillée comme un camion volé, elle ne doutait de rien, la mauvaise foi ambulante… » De temps en temps Mado fait irruption dans la conversation pour nous gratifier d’une moquerie bienveillante et l’on ressent toute l’affection de la comédienne pour son personnage. « Je suis la réincarnation de Mado… Elle est morte une semaine après que je sois montée sur scène, un peu comme un passage de relais d’une femme qui ne voulait pas partir tellement elle avait d’énergie. Son fils et sa fille avaient du mal à exister auprès d’elle. » Le personnage de Mado est devenu tellement populaire que les Guignols de l’info lui ont consacré une marionnette… Célébrité posthume pour cette figure niçoise qui trouverait sans doute tout naturel qu’un tel hommage lui soit rendu !

Si Mado n’a pas vu son personnage sur scène elle a néanmoins entendu les chroniques quotidiennes à Radio France Côte-d’Azur. Le feuilleton radiophonique qui s’intitulait d’ailleurs Mado La Niçoise a duré deux années. « Tous les matins à 10h, je faisais un duo avec Richard Cairaschi qui incarnait un pilier de bar niçois. On commentait l’actualité du jour, un chronique matinée de galéjades à la sauce niçoise. Mado m’écoutait à la radio. Mais le premier épisode a eu lieu dans le bar et ce jour-là, elle était là. Sur l’enregistrement on entend sa voix avec en arrière-plan le piaillement des oiseaux ». Noëlle se souvient aussi de Meyer par qui tout a commencé. Cet habitué du bar était alors propriétaire du Théâtre 12, le premier café-théâtre de Nice avant qu’il ne crée plus tard le Théâtre de la Cité. « Il m’a dit : «Toi tu as du talent, tu montes sur scène, je te donne mon café-théâtre pendant un mois» ; il ne prenait pas trop de risques car pendant l’été son théâtre était fermé », commente-t-elle en riant. Passionné de théâtre, Meyer est resté un personnage très important pour la comédienne. « Aujourd’hui à 80 ans il cherche encore à faire quelque chose. Il a des idées incroyables et peur de rien, sa créativité et sa jeunesse d’esprit lui permettent d’imaginer monter Blaise Cendrars avec du Hip Hop ! ».

 

Shopping avec Mado

 

Nous reprenons notre déambulation dans les ruelles. L’occasion de constater son degré de popularité, particulièrement élevé si on en croit les arrêts fréquents. « Continuez à nous faire rire Mado, on en a bien besoin actuellement », lui lance un touriste qui tient à se faire immortaliser à ses côtés par un selfie. Nous croisons Jean-Paul, un ancien client du bar à qui elle coupait les cheveux… « Les gens que j’aimais je leur coupais les cheveux, j’avais oublié ça, quand je vous disais que je faisais tout » dit-elle.

« Ah oui, surenchérit Jean-Paul, tu faisais aussi le pâté végétal. » La passion de Noëlle pour la cuisine végétarienne ne date pas d’aujourd’hui. « J’ai commencé à m’intéresser à la macrobiotique à 21 ans, à l’époque il n’existait aucune proposition en la matière. Mon rêve c’était de faire un restaurant bio pour expliquer aux gens ce qui fait du bien au corps. » Végétarienne de la première heure, elle est aussi une bouddhiste convaincue. Depuis 32 ans elle pratique cette spiritualité laïque et affirme que ses mantras quotidiens ont changé sa vie et développé sa créativité. D’ailleurs elle nous invite pour une pratique, histoire de nous faire découvrir l’énergie qui la porte.

Sur le chemin de la pause déjeuner nous faisons halte à Hippy Market, une boutique vintage où elle achète ses robes, des modèles uniques qu’elle ne trouve plus en magasin. Dans cette caverne d’Ali Baba, des chemisiers des années 60 rehaussés de broderies faites main, des pièces transformées comme ces mini-jupes réalisées en kimono, des vareuses de marin breton… On aime bien l’esprit recyclage de cette enseigne sans chichis. Mais Noëlle tient à nous faire découvrir le restaurant « Mangez-moi » qu’elle a repéré récemment. Ouvert depuis juin 2008, l’établissement dispose d’un jardin et propose une cuisine locale authentique. Tenu par Martine et Hugues Absolut de la Gatine et leur fils Rodolphe, on devine que dans cette ambiance familiale chaleureuse, l’artiste se sent un peu comme chez elle.

 

« Super Mado »

 

Dans le milieu Noëlle Perna est considérée comme un ovni. Son producteur a une entreprise de tapenade d’olive bio au Pontet ! « Être producteur c’était son rêve, il a commencé avec moi et aujourd’hui il fait tourner 12 artistes dont Anthony Kavanagh. Quand j’ai rencontré Philippe Delmas en 99-2000, je n’avais aucune stratégie, j’avais encore le bar. Il m’a vu dans un festival au Pontet alors que je participais au plateau de Rires et Chansons. J’ai fait un sketch sur la tapenade et Philippe était dans la salle, il m’a dit : « si tu veux on va à Paris »… Je n’avais pas l’intention de faire carrière mais il m’a attendu jusqu’en 2003 où nous sommes partis pour Paris. J’ai lâché le Bar des Oiseaux et on a loué le Théâtre de Dix heures. J’ai financé avec lui et je crois avoir pris la bonne décision car treize ans après, Mado n’est pas passée de mode, c’est un personnage hors du temps, on a réussi le pari… »

Le personnage de Mado la Niçoise est devenu très populaire, son public l’affectionne, littéralement. « Aujourd’hui ce que je veux c’est partager la joie, tant que je fais plaisir aux gens je continue, le jour où mon public sera moins heureux j’arrêterai ! » Son spectacle Super Mado tourne depuis un an et demi et restera à l’affiche pendant une période équivalente, l’été prochain elle fera le Théâtre de verdure à Nice. À Paris cet hiver, elle a joué Super Mado. Pendant trois semaines le théâtre était quasiment complet, ce qui représente à ses yeux une forme de prouesse tant le public parisien est réputé difficile. « D’autant qu’à 3 mois des attentats du Bataclan ce n’était pas gagné » précise-t-elle. Dans ce contexte, difficile d’éluder l’attentat terroriste qui a ensanglanté la Promenade des Anglais. « Dans mon dernier spectacle, joué à Biarritz juste après le drame, je me suis demandée si j’allais en parler. L’ambiance était différente ce soir-là, je ressentais la bienveillance du public. Je n’ai rien dit, chacun est resté dans sa pudeur ! ».

 

« L’Apothétose »

 

La nouveauté viendra sans doute du côté du 7e art et de la télévision. Son premier grand rôle au cinéma était dans Repas de famille. Elle y incarnait la femme du garagiste qui s’est branchée bouddhiste… Elle joue aussi une scène dans Brice de Nice 3 : « Je suis la seule femme qui dit ses quatre vérités à Brice. C’est pas mal quand même ! James Huth m’a demandé de ne pas jouer, maintenant la tendance des réalisateurs c’est l’anti-jeu. » Depuis ses débuts sur grand écran la comédienne multiplie les castings via l’Ipad où elle se filme. « Avec les nouvelles technologies, plus besoin vivre à Paris » s’enthousiasme-t-elle. Elle vient d’ailleurs de réaliser un pilote pour la télévision, un concept de court-métrage tourné aux studios de la Victorine. Elle le propose actuellement aux chaînes de télévisions. C8, déjà fan de l’humoriste -la chaîne a en effet rediffusé l’intégralité de certains de ses spectacles en réalisant une bonne audience- semble intéressée par ce concept où l’on voit Mado au volant d’un camion, parcourant la France pour ses spectacles et conversant à bâton rompu avec sa maquilleuse, son régisseur ou encore un gars de Blablacar…

 

Son jardin secret

 

Avec une telle débauche d’énergie et une activité à flux tendu, on se demande où notre Mado nationale recharge ses batteries. On peut supposer que sa pratique spirituelle la soutient mais ce qui la régénère est aussi certainement son jardin où l’artiste avec sa spontanéité coutumière va nous inviter à pique-niquer. « C’est un jardin extraordinaire » chantait le poète. Celui de Noëlle est bien caché dans une petite rue située sur les collines de Nice Nord. Un de ces endroits inattendus dont notre ville a le secret. C’est là que l’artiste prend le vert en cultivant ses légumes et en réunissant ses amis autour d’une table sous la tonnelle. Pittoresque image d’Épinal ? Pas seulement quand on connaît l’intérêt et l’engagement de la comédienne pour l’alimentation bio depuis son fameux pâté végétal dont se souviennent encore ses clients… Alors Noëlle, à quand le livre des recettes de Mado la Niçoise ? Si la comédienne n’a pas réalisé son rêve d’ouvrir un restaurant bio, elle a en revanche réussi celui de nous faire rire et comme on le sait, le rire fait du bien à l’âme.

 

 

~ www.noelleperna.fr

 

Les bonnes adresses niçoises de Noëlle Perna

Maison Bestagno 17, Rue de la préfecture

Atelier Soardi 12, rue Barrillerie

Hippy Market 3, rue Benoît Bunico

Mangez-moi – 9, rue Blacas

Lyne Lisha – 5, rue Defly

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